20/01/2012

Une Histoire oubliée. Les Tirailleurs Sénégalais de Perpignan. "Soldats de la République" editions l'harmattan chez un bon libraire

Marche Sempre en Davant ou les tirailleurs sénégalais de Perpignan France juin 1940

"Soldats de la République" Un livre sur les combattants africains massacrés par les troupes régulières allemandes en juin 1940

« Soldats de la République, Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente » est le premier livre écrit par l’auteur qui est juriste de formation. C’est un travail de mémoire, un hommage au courage et au dévouement de ces hommes, ces « indigènes » africains ou autres qui sont morts pour la République lors de la seconde guerre mondiale, notamment lorsque la France est confrontée à la « blitzkrieg » allemande, en mai-juin 1940. Heures sombres de l’ histoire de la France. Heures de la débâcle, de « l’étrange défaite ». Ces hommes ont combattu souvent avec acharnement, ils ont souffert, ils sont morts pour certains pour le sol de « la mère patrie » et tous ont été oubliés. Oubliés, jusqu’à ces dernières années peut–être, car on se souvient du battage médiatique et de l’émoi qu’a suscité le film « Indigènes » et ce livre peut s’inscrire dans sa lignée. L’auteur nous renseigne au fil des pages sur les difficultés auxquelles il s’est heurté : sources éparses, inexistantes , disparues… Il a collecté de nombreux témoignages dont il nous livre des extraits abondants, les sources privées ont aussi contribué à fournir des photographies, des cartes postales (une bonne vingtaine sont rassemblées, au milieu du livre, p 93 à 109 ; bon nombre proviennent de la collection personnelle de l’auteur, qui est d’ailleurs collectionneur d’archives et de documents militaires ayant trait à l’épopée coloniale de la France). Cette quête, ces rencontres lui ont permis de retracer l’histoire plutôt précise des Régiments de Tirailleurs Sénégalais, du 24e RTS notamment, basé à Perpignan depuis l’entre-deux-guerres jusqu’à la fin du second conflit. Grâce à ce livre, nous pouvons, au fil de trois parties chronologiques, la partager parfois presque au jour le jour !



1. La Force noire est une nécessité pour la France ! ( pages 17 à 69)

Au sortir de la première guerre mondiale, la France est saignée démographiquement et il faut réduire au minimum le nombre d’hommes métropolitains sous les drapeaux afin qu’ils participent à la reconstruction du pays, mais occuper militairement certains territoires notamment en Allemagne. Donc le recours aux population coloniales s’avère plus que jamais nécessaire d’autant plus que le contexte international ne tarde pas à se faire menaçant. Cette idée , somme toute originale parmi les puissances coloniales, n’est pas nouvelle. En effet, malgré les controverses elle s’était imposée avant 1914 (1910 : parution de « La Force noire » du général Mangin). La population « indigène » a déjà participé au premier conflit (160 000 mobilisés) et payé l’impôt du sang : 30 000 morts. Le recrutement des soldats engagés et du contingent, leur encadrement, la refonte du régiment, leurs conditions de vie à la caserne de Perpignan notamment, leur entraînement (dans les Pyrénées), les diverses missions qui leurs sont confiées ( ils ont participé à la surveillance des frontières et à l’endiguement des flux de réfugiés espagnols qui fuyaient la guerre civile et le franquisme. Aucun aspect de la vie des Tirailleurs n’échappe à l’auteur. On perçoit à la lecture de ces pages l’ambiguïté des sentiments des politiques vis à vis de ces hommes « différents » et combien il peut être difficile de poser la limite entre respect de la différence et discrimination, racisme : ainsi pour l’existence d’un menu spécial à la cantine (respectueux du régime alimentaire traditionnel mais aussi (surtout ?) plus économique) ou encore le répartition des hommes selon leur appartenance ethnique afin d’éviter les tensions ; cependant des faits sont explicitement discriminatoires comme l’inégalité de la solde ou de la durée du service militaire dû.



2. « De la campagne du nord » à la campagne de France » » (pages 69 à 135) A la fin des années trente, quelques 160 000 tirailleurs sont mobilisés. Ils vont participer aux campagnes qui ont pour théâtre d’opération la France notamment dans sa partie septentrionale, en Picardie plus précisément. Les mouvement de leurs troupes, les faits d’armes et batailles que ces hommes ont livrés, les armes dont ils disposent sont racontés par Monsieur Mouragues avec force témoignages. Il ne manque pas de souligner la bravoure des tirailleurs, leur sens du devoir et du sacrifice pour la France. Le lecteur amateur d’histoire militaire est rassasié.



3. « Des massacres à la captivité » (pages 135 à 189) Lors des combats , lors de leur « capture » par l’ennemi, les tirailleurs sénégalais parce qu’ils sont « différents », « autres » « inférieurs » sont victimes de discrimination, victime du racisme, torturés, massacrés. Victimes de l’idéologie nazie, du ressentiment provoqué par la « honte noire » expression d’ailleurs qui traduit déjà du racisme. Dans cette troisième partie, de nombreux témoins évoquent les mauvais traitements, les exécutions sommaires, les tortures auxquels nazis et soldats allemands se sont livrés sur eux. Humiliés, ils l’ont été jusqu’à dans la mort : en atteste, entre autre, le telex reçu par le maire de Fouilloy dans la Somme lui interdisant d’enterrer les morts africains… Leur calvaire s’est poursuivi lors de leur captivité dans les « frontstalag » qui sont encore disséminés, malgré leur regroupement, en 1942, sur le territoire français : Saint-Quentin, Bordeaux…. En France, car il faut éviter aux territoires allemands une éventuelle contamination par les maladies tropicales et préserver la pureté de la race allemande d’un éventuel métissage ! Leur encadrement est confié aux autorités françaises. Sous-alimentés, entassés dans des baraquements, ils travaillent notamment dans l’agriculture, ils souffrent aussi d’un sentiment d’abandon et d’une incompréhension vis à vis de l’attitude la France (inégalité de traitement par rapport aux autres prisonniers de guerre, non versement des pensions dues aux familles, confiscation des somme payées au titre d’indemnité aux Tirailleurs Sénégalais malades qui ne pouvaient travailler …) et des mouvements d’humeur, des révoltes existent. A la fin des hostilités, ces Tirailleurs (quelque trois mille hommes) sont incorporés au 18e régiment de Tirailleurs Sénégalais qui encadre les prisonniers de guerre allemands. Les régiments de tirailleurs non prisonniers et stationnés en France ont été eux, dès 1940, dans des conditions plutôt dramatiques voire burlesques dissous et rapatriés en A.O.F.

Il est difficile, l’auteur en convient et le souligne, faute de sources et de recensements rigoureux existants et possibles, de connaître le nombre de Tirailleurs victimes de ces événements. Des chiffres sont avancés… 30 000 morts aux combats sur 129 000 au total, environ, peut être. Qui s’en souvient ? L’hommage qui leur est rendu est plutôt discret et ponctuel : une rue, une place dans les communes où ils se sont vaillamment illustrés en 1940, une plaque à Perpignan.

S’ensuivent un « in mémoriam » a ces hommes, des remerciements aux personnes ayant témoigné et contribué à la réalisation du livre, personnes aujourd'hui disparues.